Le Dormeur du val, de Rimbaud (1870)

Publié le par Gloria Gaynor

                Le Dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

                                    ***

INTRODUCTION:
     Arthur Rimbaud était un jeune poète, qui écrivit la plus grande partie de son oeuvre avant dix-neuf ans, et abusait de la drogue et des hommes. Ses poèmes les plus anciens sont écrits en vers, et Le Dormeur du val en fait partie.
     Ce poème écrit, en octobre 1870, présente une Nature maternelle et riante, au sein de laquelle repose un jeune homme étrangement immobile; on apprend à la fin qu'il est mort.
     Comment Rimbaud dénonce-t-il dans ce poème l'usage des armes à feu?
 
PLAN DETAILLE:
I. Il dénonce les armes à feu en montrant que sans, Que La Montagne est belle (on cite Jean, et non Johnny):
1) Une Nature riante:
La Nature est personnifiée, par exemple avec "chante" (v.1), "fière" (v.3) (comme le chante Amel Bent dans Mes racines, même si A.Bent ne personnifie pas le naturel), et le poète s'adresse directement à elle (la Nature, quoique entre Arthur et Amel, le A soit toujours noir sans que le torchon ait brûlé), avec l'impératif "berce-le", et le vocatif "Nature" (v.11). Elle est agréable et enthousiaste (la Nature, pas Amel), comme le prouve l'adverbe "follement" (v.2) ou encore "frais" (v.6) et "parfums" (v.12). Le jeune homme, d'ailleurs, paraît s'adapter à la Nature, s'y fondre: il est "Souriant" (v.9) comme elle. Et sourire en chantant, c'est important: Michel Sardou ne le fait pas, pourtant.
2) Calme, confortable, officiel / En un mot résidentiel (Le Cimetière):
La Nature est maternelle, car le poète la rend sujet du verbe "berce"; l'adverbe "chaudement" suppose qu'elle peut réconforter (v.11). Elle est accueillante car elle fait de ses herbes un "lit" (v.8) qui s'adapte au jeune homme comme le prouve le déterminant possessif "son lit". De plus, elle domine, du haut de la "montagne fière" (v.3) ou de "la nue" (v.7). On voit l'atmosphère de calme dans "c'est un petit val" (v.4), par l'emploi de l'adjectif qualificatif, qui donne à la scène un caractère intimiste. De même le "trou" (voir un autre sonnet coécrit par Rimbaud, ou Serge, qui faisait des petits trous en poinçonnant ses lilas: on reparlera des fleurs). Le calme, ensuite, est évoqué par l'attitude du jeune homme: "bouche ouverte" suppose qu'il ronfle béatement (v.5) ou qu'il attend que les grives lui tombent toutes rôties dans la bouche; il y a également "étendu" (v.7) qui renvoie encore à la sieste de "il fait un somme" (v.10); "Il dort" (v.13) fait écho à "Dort" (v.7), au titre "Dormeur", et on relève finalement "Tranquille" (v.14).
3) Le travail du peintre:
Rimbaud joue sur un effet de tableau, où il assemble les couleurs comme "verdure" (v.1), "vert" (v.8), "D'argent" (v.3), "bleu" (v.6), le "rouge" (v.14) qui ajoute une touche sanglante, et la lumière, avec "Luit" (v.4), "mousse de rayons" (v.4), "la lumière pleut" (v.8), "le soleil" (v.13). Les verbes en particulier comme "mousse" ou "pleut", donnent une image hyperbolique et mouvante de la lumière, ce qui en souligne la force. Le verbe "pleuvoir" renverse l'image de la pluie habituellement synonyme de mauvais temps, et suggère un effet très pictural de grands traits de lumière. Quant à "mousse", il faut penser que Rimbaud joue sur l'image de la lavandière qui "Accroch[e]" ses "haillons" pour les faire sécher, après les avoir frottés avec la "mousse" qui fait des bulles (d'ailleurs, dans son bain de mousse, Alizée aussi s'éclabousse, et Alizée, c'est encore un A noir): on a là une référence picturale aux scènes de genre.
 
II. Il dénonce les armes à feu en montrant la mort qu'elles provoquent:
1) Je suis malade:
On a plusieurs indices que le jeune homme est indisposé: l'emploi systématique des rejets en est un premier, comme "D'argent" ou "Luit" (v.3 et 4), "Dort" (v.7), "Tranquille" (v.14), qui rompent le rythme des vers, et créent un effet de rupture, brisant ainsi l'atmosphère de calme. Le jeune homme, de plus, paraît malade: il est "Pâle" (v.8). Il peut bien avoir fait la fête au Cabaret-Vert ou au Tango, parce que c'est vrai qu'on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans, mais cette pâleur est plus inquiétante: elle est le signe de la mort. Son immobilité en est un autre signe: Rimbaud répète au moins deux fois "dort" (soit beaucoup moins de fois que pour appeler un meunier): cette répétition est destinée à faire peser des soupçons sur ce sommeil. La comparaison, introduite par "comme" au vers 9, continue à entretenir l'ambiguïté: "comme / Sourirait un enfant malade". La maladie, introduite par "Pâle", est évoquée à nouveau, et le sera encore avec "il a froid" (v.12): il s'agit ici, évidemment, de la rigidité cadavérique.
2) Le Noyé (bruni par Carla)
De plus, Rimbaud reprend l'image du noyé qu'il avait déjà exploitée dans Ophélie: "baignant" (v.6), "Les pieds dans les glaïeuls" (v.9) suggèrent que le jeune homme est bercé, non par la verdure, mais par l'eau, qui baigne ses pieds (puisqu'il s'agirait de glaïeuls des marais, Gladiolus palustris, qui poussent dans les endroits humides): il serait donc déjà mort (l'eau ne représente-t-elle d'ailleurs pas le flux éternel, le fleuve des enfers?). On peut faire le parallèle entre les glaïeuls qui lui sont associés, et le lys auquel est comparé Ophélie: "La blanche Ophélia flotte comme un grand lys". La mort est dans la fleur, c'est la mort qui m'effleure: les fleurs poussent ailleurs, comme le suggérait Baudelaire avec "d'étranges fleurs sur des étagères" des années auparavant ("La Mort des Amants").
3) Une révélation brusque:
"un trou de verdure" au premier vers fait écho à "deux trous rouges" au dernier vers: on a bien une opposition entre la nature, naturelle, et la mort, contre-nature, avec l'opposition du vert et du rouge, qui sont par ailleurs des couleurs complémentaires (voir l'effet de tableau). L'image du "trou" est elle-même parlante: elle suggère l'obscénité mais ne va pas jusqu'à l'afficher, exactement comme le fait le poème, qui reste en deça du mot "mort" (ou "cul"), tout dans l'euphémisme. La dernière phrase est très brève en comparaison de toutes les autres, construites sur des rejets ou des enjambements: elle crée donc la surprise de façon brusque, comme la chute d'une nouvelle. La violence, jusque-là suggerée, fait violemment son entrée comme les balles dans la poitrine du jeune homme: "Il a deux trous rouges au côté droit". On peut également penser que la latéralisation a son importance: Rimbaud préfère trouer la droite, puisqu'on sait l'engagement qu'il aurait pu ou aimé avoir dans la Commune, entreprise de gauche. Balavoine, lui, était plutôt centriste, puisqu'il chantait Ni mon côté gauche / Ni mon côté droit. Ce n'est pas pour autant qu'il est entré au gouvernement.
 
CONCLUSION:
      Rimbaud dénonce donc bien les armes à feu, tout d'abord en montrant que sans elles, tout serait beau et propre, puis en montrant qu'elles tuent et ça, c'est pas bien. Il maintient l'ambiguïté dans tout le poème, en nous laissant croire à un tableau idyllique qui vole en éclats sous le choc de la dernière phrase, mais était déjà fissuré par les coups de burin des constants rejets. Il n'aurait donc fallu qu'une bonne grosse centaine d'années en plus pour que Rimbaud s'insurge contre le lobby des armes en tenant le rôle de leur représentant dans ce jubilatoire pamphlet voltairien qu'est Thank you for smoking, face à Aaron Eckhart, bon petit soldat hollywoodien.

 

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Publié dans Commentaires de textes

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G
Rimbaud s'élevant contre les armes à feu en sa prime jeunesse, en sa première fleur (lys ou glaïeul?), et dealant de l'arme plus tard, c'est de l'ironie tragique: quel destin! quel homme! quel poète!
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M
J'kif ton kom mé jé 1 doot ! kommen tu peu dir k'cé 1 panflé kontr lé zarm alor k'il est mor en vendan dezarm en k'fry ?
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